Les grandes mutations de l'économie sénégalaise (2)
Les grandes mutations de l'économie sénégalaise : 1960 -2000
PAR AMADOU FALL
L'ajustement structurel
Des plans et programmes de stabilisation à court terme (1978 -1979), de redressement économique et financier (PREF 1980 -1984), d'ajustement à moyen et long terme (PAMLT 1984 -1992) sont conclus, avec les institutions de Bretton Woods, après le second choc pétrolier, face à la dégradation avancée des finances publiques, des comptes extérieurs et de la situation économique globale.
1.1 - Le Programme de stabilisation à court terme 1978-1979
Ce programme a pour l'essentiel visé l'amélioration du rendement fiscal par le renforcement des moyens de recouvrement des recettes, la décélération de l'expansion des dépenses publiques, la limitation des emprunts commerciaux non-concessionnels, l'instauration d'une certaine politique de vérité des prix et d'une taxe de solidarité pour financer des opérations dans le monde rural.
Ce programme a bénéficié d'un large soutien des institutions de Bretton Woods, à travers les premiers mécanismes de Facilité élargie et de prêt d'Ajustement structurel mis en place, respectivement par le Fonds Monétaire International et
1.2 - Le Plan de redressement économique et financier 1980-1985
Il s'est fixé pour objectifs le rétablissement des grands équilibres macro-économiques et le relèvement du taux de croissance de l'économie. Le soutien des institutions de Bretton Woods reprendra dans ce contexte, avec de nouveaux Programmes de Facilité élargie signés avec le FMI Accord de prêt - crédit à l'ajustement structurel avec la Banque mondiale.
1.3 1 - Les Programmes de Facilité élargie avec le FMI
Le programme de redressement économique et financier appuyé sur l'Accord sur
Les dépenses de l'Etat devaient croître seulement de 2% en 1980-1981 contre une moyenne de 13% entre 1976 et 1980. En plus de la limitation des emprunts non-concessionnels à l'extérieur, l'Etat avait pris la résolution réduire les effectifs de la fonction publique avec le non remplacement des départs à la retraite et un resserrement des entrées aux écoles nationales, et la redéfinition de ses relations avec les entreprises publiques (établissement de contrats-plans réduction des subventions, et dissolution).
En ce qui concerne les recettes, les taux de droits de douanes devaient être portes à 15% en septembre 1980, après un relèvement de 5%, à 10% en mars de la même année. En même temps, pour élargir l'assiette fiscale, le nombre de produits exonérés devrait être revu à la baisse pour les ramener de 50% du total des importations à 20%. Certains produits seraient également reclassés dans la catégorie du droit fiscal de 35% à celle de 45% ou même 70% pour les produits de luxe.
L'objectif de hausse des prix à la consommation était fixé à 16% en 1980 et 12% en 1981. La forte hausse de l'inflation attendue sur l'année 1980 devait être la conséquence de l'application de la vérité des prix au niveau des denrées de première nécessité et du relèvement des droits de douane. Elle serait suivie par une décélération à partir de 1981, à la faveur de la mise en couvre d'une politique rigoureuse des salaires et d'une politique monétaire restrictive.
La conduite d'une politique monétaire restrictive a été préconisée afin maîtriser l'expansion monétaire par un relèvement des taux d'intérêt et l'encadrement du crédit, de sorte que l'évolution des contreparties de la masse monétaire restât compatible avec celle du secteur réel (PIB). Le programme projetait ainsi de maintenir la croissance du crédit intérieur dans la limite de 8 % pour 1980 contre 34 % en 1973 et 30 % en 1979.
Le programme préconisait en outre, I'adoption d'une législation du travail et d'un marché des biens et services plus flexibles et une réorientation de l'investissement au profit des secteurs productifs
Au total, les économies projetées et l'accroissement des recettes fiscales escomptées devaient conduire à un excédent budgétaire de 2,2 milliards en 1980-1981. Le surplus dégagé devait aider à financer la subvention à l'exportation instituée pour promouvoir les exportations non traditionnelles. L'effort d'investissement serait maintenu à son niveau de 16 % du PIB atteint avant la mise en oeuvre du programme.
Il était attendu de la mise en oeuvre d'un tel programme, l'accroissement en moyenne de 5% de la production agricole jusqu'en 1984-1985 et l'abaissement des importations de produits agricoles de 12% vers 1985. Le relèvement du taux de croissance nominal du PIB était prévu aux environs de 1,1% l'an à partir de 1982.
La mise en oeuvre de l'Accord de Facilité Elargie avec le Fonds Monétaire International s'est heurtée à la rigidité des structures de l'économie sénégalaise et au fait que le FMI n'a pas jugé nécessaire de réviser les objectifs du programme nonobstant la mauvaise pluviométrie de 1980. Au total, s'il est vrai que la sécheresse des années 1979 et
Un premier accord de confirmation a ainsi été conclu entre l'Etat et le Fonds Monétaire International pour la période 1981-1982. Ce programme a coïncidé avec une bonne campagne agricole et un afflux de capitaux au titre de l'aide au développement, suite aux mesures d'austérité prises par le Gouvernement. Le rééchelonnement de la dette dans le cadre du Club de Paris a aidé à la maîtrise du service dont le ratio par rapport aux recettes courantes est passé de 31,7% en 1981, au début du programme, à 14,4% en 1982.
De même, les arriérés de paiement de l'administration centrale et des établissements publics qui devaient être réduits à 12 milliards ont été résorbés à concurrence de 11 milliards. En conséquence, le déficit global des finances publiques en termes d'engagements passait de 11,5% au début du programme à 6,9% en 1982.
Concernant la balance des paiements, le déficit des opérations courantes par rapport au PIB a été ramené à 11,3% en 1982 contre 18% au début du programme. Exécuté avec succès, le Sénégal a pu obtenir un autre en 1982-1983 dont les critères de performance n'ont pas été respectés.
Le programme de confirmation en 1982/1983 avec le FMI a coïncidé avec une campagne agricole favorable. Cependant, les chocs extérieurs défavorables, notamment la chute des cours mondiaux des produits arachidiers, ont aggravé le déficit de la filière arachidière, couvert par l'Etat par le biais de
2.2 2 - L'Accord de prêt - crédit à l'ajustement structurel de
Les fondements du programme de prêt à l'ajustement structurel avec
L'Accord de prêt - crédit à l'ajustement structurel visait une amélioration de la situation des finances publiques et du secteur parapublic en générant un excédent budgétaire conséquent, permettant de financer au moins 15% des investissements publics en 1980~1981 et 25% en 1984-1985.
L'amélioration de la gestion des finances publiques s'appuierait notamment sur une politique d'allègement du service de la dette qui devait être contenu dans la limite de 15% des recettes d'exportation et une réduction progressive des dépenses de personnel (57% du budget de l'Etat), tout en maintenant, constantes en termes réels, les dépenses de capital. L'Etat rembourserait ses arriérés de paiement d'un montant de douze (12) milliards au plus tard en juin 1981.
En vue de favoriser une meilleure maîtrise du déficit du compte des opérations courantes, outre la restriction des importations, l'accent a été mis sur la gestion des flux et du stock de la dette.
L'Accord prévoyait en outre, pour le fonctionnement des entreprises publiques, la signature de contrats - plans avec les dirigeants, fixant les objectifs, les obligations et les responsabilités de chaque partie.
Dans le domaine de la monnaie et du crédit, un durcissement de la politique du crédit a été préconisé pour arrêter l'hémorragie des avoirs extérieurs dont le stock serait renforcé par une promotion des exportations des produits non traditionnels. Dans ce cadre, les secteurs tels que les textiles, les chaussures, les engrais, I'équipement agricole et les conserves de poissons, représentant 15% des exportations totales, devaient bénéficier d'une prime à l'exportation de 10% de sur la valeur FOB.
Les réformes structurelles devaient favoriser également un recours plus systématique aux mécanismes de marché pour permettre une meilleure allocation des ressources. Dans ce cadre, le programme prévoyait que la politique des prix et des salaires s'orienterait vers la "vérité des prix". Ainsi, les prix aux producteurs des produits agricoles de rente (arachide, coton) devaient être fixés en fonction des tendances du marché international. Les prix des produits de grande consommation (riz, blé, sucre, huile d'arachide...) refléteraient les coûts réels, avec une diminution progressive des subventions. Les salaires progresseraient en fonction de l'évolution du produit intérieur brut.
Les sociétés intervenant dans le monde rural devaient être réorganisées et l'ONCAD dissoute le 31 octobre 1980. Cependant, le désengagement de l'Etat du monde rural se ferait progressivement afin d'assurer un certain niveau d'encadrement qui se chargerait, entre autres activités, de distribuer les facteurs de production aux paysans. En outre, il était retenu le principe d'un réaménagement de la dette du monde rural sur un calendrier de cinq (5) ans.
Les conditions dans lesquelles l'Accord de prêt - crédit à l'ajustement structurel a été signé avec
2.3 - Le Plan d'ajustement structurel à moyen et long terme
Les autorités nationales se sont engagées, à partir de 1983, en raison de la persistance des déséquilibres structurels, sur un programme d'ajustement structurel à moyen et long terme, avec comme objectif le rétablissement des conditions d'une croissance saine et durable.
2.3 1 - L'assainissement des finances publiques
Les politiques mises en oeuvre à cet effet, ont concerné les finances publiques et le secteur réel. Le programme d'assainissement des finances publiques a été appuyé par quatre (4) accords de confirmation du FMI.
Les recettes budgétaires totales de la puissance publique ont progressé de près de 7,4 % entre juin 1983 et juin 1988, passant de 175,7 milliards de francs CFA à 251,3 milliards de francs CFA. Les dépenses ordinaires se sont accrues pour leur part de 5,6% en moyenne par an, passant de 186,6 milliards de francs CFA à 244,7 milliards de francs CFA. Le déficit base engagements, dons exclus, est passé de 36,9 milliards de francs CFA à 78,5 milliards de francs CFA soit une amélioration de 53 %. Le stock des arriérés intérieurs et extérieurs a été ramené de 55,7 milliards de francs CFA en juin 1983 à 8,5 milliards de francs CFA en juin 1988.
En ce qui concerne la balance des paiements, le déficit global après financement exceptionnel s'est détérioré, passant de 7,8 milliards de francs CFA à 31,5 milliards de francs CFA entre 1983 et 1988. Toutefois, le solde courant s'est amélioré de 33 % du fait surtout de la balance commerciale dont le déficit à été réduit de 30 % (80,9 milliards de francs CFA en 1988 contre 115,1 milliards de francs CFA en 1983) grâce à une diminution de la facture pétrolière de 48 % (49,2 milliards de francs CFA contre 90,9 milliards de francs CFA).
Au niveau de la situation monétaire, la dégradation des avoirs, extérieurs nets a été limitée. Le solde négatif est passé de 178,8 milliards de francs CFA à 236,0 milliards de francs CFA (soit 5,3% par an). Le crédit intérieur a connu une expansion de 469,6 milliards de francs CFA à 606,7 milliards de francs CFA (soit 5,3 % par an). La masse monétaire a progressé de 267,1 milliards de francs CFA à 346,2 milliards de francs CFA (soit 5,3 % par an).

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