Les grandes mutations de l'économie sénégalaises (3)
Les grandes mutations de l'économie sénégalaises : 1960 - 2000
PAR AMADOU FALL
Les programmes sectoriels
S'agissant du secteur réel, divers programmes sectoriels soutenus par
Avec
a -
L'économie agricole a été profondément marquée par les sécheresses cycliques qui s'étaient réinstallées depuis 1970. Elle souffrait également d'une distorsion entre les niveaux de prix des cultures de rente et ceux des céréales locales.
Le gouvernement du Sénégal a élaboré en 1984 un programme de redressement du secteur du nom de Nouvelle Politique Agricole (NPA), avec l'appui de
Elle était sous-tendue par : le relèvement des prix aux producteurs et de ceux des céréales importées pour encourager la production et la consommation des céréales locales, la réduction significative des subventions agricoles, l'élimination des obstacles réglementaires à la libre circulation des produits et le désengagement conséquent de l'Etat du secteur agricole.
Sur la base de ces orientations, le gouvernement du Sénégal a procédé, entre 1982 et 1989, à un relèvement des prix officiels aux producteurs : 52% pour l'arachide, 67 % pour le coton, 83 % pour le mil et le sorgho et environ 100 % pour le riz. Les contrôles sur les prix des céréales ont été complètement levés. En outre, I'ensemble des circuits de commercialisation a été libéralisé. Au niveau de l'arachide, les opérateurs privés ont été autorisés désormais à acheter les graines auprès des producteurs et à les revendre aux huileries à des prix convenus entre les parties. Le désengagement de l'Etat de la filière s'est traduit également par une réduction progressive de la subvention sur les inputs. En outre, les producteurs ont été responsabilisés à partir de 1984 dans la constitution et la gestion du capital semencier.
Le " moins d'Etat " s'est traduit par l'allégement ou la dissolution de l'encadrement : réduction des effectifs de
L'objectif visé par
Pour n'avoir pas été concrètement entourées des mesures d'accompagnement indispensables, s'agissant en particulier de l'adaptation du crédit et de l'allégement des coûts des facteurs techniques de production, et
Le monde rural versera massivement son trop plein de bras jeunes et valides dans le secteur informel urbain qui devint également le réceptacle d'une bonne partie de ceux que le secteur moderne avait laissés sur le carreau, le secteur industriel principalement.
L’agriculture demeure un secteur hautement risqué qui attire peu d’investissements. Il en résulte un blocage des relations dynamiques entre elle et l’industrie.
b -
De l'indépendance aux années 80, la politique industrielle du Sénégal a reposé sur l'import - substitution, avec comme stratégie : la surprotection des entreprises locales avec des droits de douane élevés, l'octroi d'exonérations, des conventions spéciales et des restrictions quantitatives.
En 1984, 160 produits bénéficiaient de protection sous forme de restriction quantitative, tandis que 30 entreprises locales étaient à l'abri de la concurrence étrangère par la prohibition ou les autorisations préalables d'importation. Le taux de protection nominal de l'industrie se situait autour de 86 % en 1984.
Par ailleurs, la non-flexibilité des salaires et les procédures rigides de licenciement qui caractérisaient le marché du travail n'ont pas facilité le plein développement de l'activité des entreprises. Elles ont eu à supporter des niveaux élevés de salaire, comparativement aux entreprises des autres pays de la sous-région.
C'est dans ce cadre que
Le Gouvernement du Sénégal a ainsi préconisé la suppression des restrictions quantitatives, en partant des industries les plus compétitives vers celles qui sont les plus fragiles. En outre, la mise en oeuvre des réformes devait aboutir à la standardisation et à l'allègement de la structure du tarif douanier, mais aussi et surtout à la baisse du niveau de protection de 40% (en juillet 1986) à 25% pour les produits finis et de 20% à 10% pour les produits intermédiaires, à terme.
Par l'élimination progressive des exonérations, des conventions spéciales, et des mercuriales, la révision de la subvention à l'exportation et la levée du contrôle des prix,
Jusqu'en 1989, la mise en oeuvre de
Le Gouvernement du Sénégal a toutefois commencé à revoir ses engagements dans le cadre de
Au final,
En ce qui concerne
c - Les premières privatisations
Le secteur parapublic sénégalais comptait en 1979, au début de la politique d'ajustement structurel, 83 entreprises dans lesquelles l'Etat détenait la majorité du capital. Présentes dans l'essentiel des secteurs de l'économie, elles participaient à concurrence 20% à la formation du PIB et occupaient quelque 35% de l'ensemble des travailleurs du secteur moderne. La valeur des participations de l'Etat dans les différentes entreprises se chiffrait à environ 180 milliards en nominal, soit 72% du capital total des sociétés en question.
La gestion de ces sociétés était cependant, pour l'essentiel, chroniquement déficitaire. Aussi, leur fonctionnement nécessitait-il une intervention constante de l'Etat sous forme de subventions directes ou indirectes. Pour l'année 1981, les subventions directes et indirectes accordées au secteur parapublic étaient estimées à 27% des dépenses totales de l'Etat. En raison des tensions budgétaires persistantes, l'Etat a été contraint de recourir à une politique de restructuration du secteur.
Un Groupe d'Etudes du Secteur Parapublic a été ainsi créé en 1982, afin définir les politiques à mettre en œuvre. A l'issue de ses travaux, il a recommandé l'accélération de la politique de privatisation et la cession au secteur privé des actions de l'Etat dans les entreprises où sa participation au capital ne dépassait pas 15%. Etaient visées notamment
Jusqu'en 1985, la politique de l'Etat envers le secteur parapublic a consisté, sous l'appui principal de
Le Plan d'Action élaboré à cet effet établissait les différentes étapes de la politique de privatisation et recommandait la réalisation d'un inventaire de tout le portefeuille d'entreprises étatiques avant décembre 1985. La politique de privatisation a été ensuite relancée en février 1986, dans le cadre du Programme d'Ajustement Structurel II conclu avec
Aussi,
Cette première vague de privatisations et de liquidations de " canards boiteux " n'a concerné que des entreprises parapubliques - non stratégiques, dans le secteur moderne. En définitive, les réalisations en matière de privatisation ont été assez modestes au cours de la période. En conséquence, leur impact économique a été très limité.
d - La restructuration du système bancaire et financier
Le système bancaire était confronté à la fin des années 80 à une forte crise de liquidité résultant de l'accumulation d'importantes créances gelées, en particulier sur les organismes de commercialisation agricole et le secteur parapublic. Cette situation de blocage de l'intermédiation financière handicapait lourdement le financement adéquat de l'économie. Aussi, les autorités nationales ont-elles engagé en 1989, avec l'appui de
Le programme a couvert trois volets essentiels : l'assainissement du système bancaire public, la privatisation ou la réduction de la part de l'Etat dans le capital social des banques et le recouvrement des créances gelées.
Les banques publiques qu'étaient
Parallèlement à la restructuration financière des banques publiques en difficulté, l'Etat a procédé à la réduction de sa participation au capital de
Pour le recouvrement des créances gelées, les structures mises en place au niveau de chaque établissement ont été regroupées à l'intérieur d'un organisme unique chargé de la gestion de ce volet du programme.
Le Programme a été exécuté dans un environnement difficile marqué par des contre-performances de l'économie. En effet, les politiques de promotion de l'offre n'ont pas atteint les objectifs souhaités dans le secteur réel, pour avoir un effet d'entraînement significatif sur les finances publiques ou la balance des paiements. Ces difficultés ont été à l'origine de quelques retards dans l'exécution du programme de restructuration. En particulier, l'objectif de création d'un nouvel établissement bancaire n'a pu être réalisé par l'Etat. Les promoteurs n'ont pas obtenu, dans le cadre de la diversification de l'actionnariat, l'entrée du secteur privé et d'un partenaire de référence dans le capital.
Toutefois, le programme qui permettait l'assainissement du système bancaire et de restaurer sa capacité d'intervention a dans l'ensemble atteint ses objectifs.
La restructuration du système bancaire a eu pour conséquence la disparition d’un pan entier du système bancaire. Sous l’influence des bailleurs de fonds la liquidation des banques en difficulté a été préférée au plan de redressement. La BCEAO n’a pas joué son rôle de prêteur en dernier ressort et toutes les banques de développement ont été fermées. Le vide laissé par ces institutions financières n’a pas été comblé.

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