Echos des tropiques

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INGERANCE AMERICAINE EN SOMALIE

INGERANCE AMERICAINE EN SOMALIE

Haine, vengeance et impérialisme économique

 

PAR AMADOU FALL

 

Quand, à son niveau de responsabilité le plus élevé, un Etat censé être le plus puissant au monde, est obnubilé par la haine de tout ce qui fleure l'Islam, une soif inextinguible de vengeance et la farouche détermination de mettre tout le reste de la planète sous sa botte et au service de ses intérêts, il ne saurait faire dans la dentelle dans ses agissements extérieurs. En Afghanistan, en Irak, et tout récemment, en Somalie, les Etats-Unis continuent d'exécuter le même scénario apocalyptique, semant morts et désolation partout où s'abat leur foudre guerrière, en toute illégalité, dans l'irrespect de la souveraineté des nations et des droits humains les plus élémentaires.

 

Les raids américains contre la Somalie, déclenchés dans la nuit du 7 au 8 janvier 2007 et poursuivis le lendemain, avaient deux mobiles déclarés. L'un était la traque de cibles terroristes : le Comorien Fazul Abdullah Mohammed, le Kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan, l'un et l'autre soupçonnés d'être impliqués dans les attentats de 1998 contre les ambassades américaines à Nairobi et à Dar es-Salaam, le Soudanais Abou Talha al-Sudani, un expert en explosifs réputé proche d'Oussama Ben Laden. L'autre le démantèlement d'une base présumée d'Al-Qaïda à Ras Kamboni, dans le sud somalien, où les combattants de l'Union des Tribunaux islamiques se sont réfugiés après leur défaite face aux troupes éthiopiennes.

Mais il faut être vraiment dupe pour croire que, pour la liquidation de trois personnes et l'effacement de la carte d'une toute petite base, il est nécessaire  de faire recours à une force de frappe aussi puissante et disproportionnée que celle utilisée. Dans la première opération, il s'est agi d'un Hercule AC 130 Spectre, le plus redoutable des bombardiers américains, un appareil avec lequel aucune « frappe chirurgicale » n'est possible. Dans la seconde, une noria d'hélicoptères de combats a été mise en branle, pour un infernal déluge de feu sur des hommes et des femmes aux abois, aculés dans leurs derniers retranchements, dans un pays plongé dans la tourmente de misère et de la guerre civile, depuis bientôt deux décennies.

Le plus étrange est qu'aucune des cibles terroristes visées n'a été atteinte par les bombes américaines larguées par l'AC 130. Et les tirs intempestifs des hélicoptères de combats, plutôt que de toucher Ras Kamboni, ont fait des dégâts, 200 km plus loin, à Bankajirow. Dans l'une et l'autre situation, les forces américaines ont tué, meurtri et ruiné des populations civiles sans défense. Là encore, comme dans toutes les offensives lancées contre «l'internationale terroriste » depuis le 11 septembre 2001 par Georges W. Bush, les principales victimes sont des innocents. L'armée américaine a délibérément frappé des zones assez fortement peuplées, avec des armes aux capacités de destruction dépassant l'entendement. Elle a sur la conscience, pour autant qu'elle en ait encore une, un bilan très lourd : des centaines de morts, des troupeaux décimés, des pistes rurales éventrées au détriment de pauvres gens qui ne demandaient rien d'autre que de vivre en paix, en toute humilité.

 

LES AMERICAINS TOUJOURS TRAUMATISES

 PAR L'ECHEC DE « RESTORE HOPE »



Mais la vérité blessante et outrageante est que l'Administration Bush, entretient envers eux une haine viscérale, depuis l'échec de l'opération « Restore Hope » lancée par Bush père en 1991 et poursuivie jusqu'en 1993 par son successeur à la Maison blanche, le président Bill Clinton. L'on s'en souvient, les Etats-Unis avaient pris le prétexte de l'opération humanitaire organisée par les Nations Unies au profit des milliers de civils en proie au désespoir, pour intervenir militairement en Somalie, contre les tombeurs du dictateur Siad Barré, alors leur principal pion sur l'échiquier de la Corne de l'Afrique, malgré ses prétentions de construire le « socialisme scientifique ». Après avoir délibérément laissé Siad Barré créer les conditions néfastes qui ont conduit à la famine, à l'anarchie et à la guerre civile qui  continue de déchirer le pays depuis plus de quinze ans, Georges Bush père avait déployé 30.000 soldats, de nombreux hélicoptères de combat et navires de guerre, sous le fallacieux prétexte de redonner espoir (Restore Hope) à la Somalie et d'y assurer le maintien de la paix. En réalité cette impressionnante armada n'avait été envoyée en Somalie que pour reprendre le contrôle du pays et pour défendre et consolider les intérêts des Etats-Unis dans une zone on ne peut stratégique et vitale.

Mais l'intervention américaine se solda par une cuisante et humiliante déroute dont le point d'orgue fut, en octobre 1993 l'abattage par les miliciens somaliens de deux hélicoptères Blackhawk et la mort d'une vingtaine de soldats américains  tués par une foule en colère dans des conditions qui choquèrent toute l'Amérique.  Les images de leurs cadavres traînés dans les rues de Mogadiscio et celles du repli honteux des troupes américaines n'ont assurément jamais cessé de hanter et d'agiter le sommeil des plus hautes autorités US, de Bush père à Bush fils.

 

UNE ARMEE ETHIOPIENNE

A LA SOLDE DES ETATS-UNIS

 

Les sordides relents de vengeance qui grouillent dans leurs tripes contre les Somaliens qui les ont humiliés treize années plus tôt, s'avivèrent quand, aux printemps 2006,  lorsque les forces de l'Union des tribunaux islamiques (UTI) investissent la capitale somalienne et prennent le pouvoir. Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement quand on sait que l'UTI fait partie de  leurs pires ennemies, ceux qu'ils haïssent le plus : les Islamistes partisans avérés ou non d'Al-Qaïda. Les voilà donc qui cherchent à nouveau à peser sur le destin de la Somalie, cette fois-ci sous le couvert de la lutte contre le terrorisme islamiste.

Mais, échaudés et instruits par la débâcle de 1993 et par leurs déboires actuels en Irak,  les Américains, bien qu'ayant 1.500 « boys » stationnés non loin à Djibouti, n'ont engagé aucun de leurs soldats sur le théâtre d'opération somalien, sauf par les airs, quand il s'est agi de pilonner, sans atteindre l'objectif déclaré, les zones où les « terroristes islamistes » et des milices de l'UTI se sont retranchées. Ils se sont plutôt embusqués, et de loin, derrière Les troupes éthiopiennes qui ont envahi la Somalie à partir du 24 décembre 2006, plus ou moins discrètement accompagnées par des « conseillers » américains. 

C'est ainsi que l'Ethiopie qui guerroie sur le sol somalien en mercenaire à la solde des Etats-Unis qui l'ont financée et puissamment réarmée a très rapidement défait les forces loyales à l'Union des tribunaux islamiques qui avait pris le contrôle du pays en juin 2006, suite à la défaite des seigneurs de guerre des clans qui étaient soutenus par les Etats-Unis. Jusqu'à l'offensive éthiopienne actuellement en cours, la plus grande partie du pays était entre les mains de l'UTI à l'exception de la petite ville de Baidoa,  la base du gouvernement fédéral de transition (GFT) massivement soutenu par les Etats-Unis. C'est ce « régime client » qu'ils viennent de remettre en place, avec le bras armé de l'Ethiopie qui a permis au 
président Abdullahi Yusuf Ahmed de revenir, le lundi 8 janvier 2007, à Mogadiscio qu'il n'avait pas revue depuis 1991.

Les protestations ont fusé de toutes parts, notamment des Nations Unies comme de l'Union européenne, contre cette ingérence militaire américaine dans les affaires intérieures somaliennes, mais sans nullement faire sourciller l'Administration Bush. A la limite, elle s'accorde avec le reste de la Communauté internationale  pour  la mise en place d'une force panafricaine de paix  en remplacement de l'armée d'occupation éthiopienne à sa solde. Elle est même prête à consentir 14 millions de dollars pour le déploiement de cette force de paix.  En fait, elle sait pertinemment qu'en se prolongeant la présence des Ethiopiens, majoritairement chrétiens, ne ferait qu'exacerber la colère des populations locales à dominante musulmane. Les partisans des Islamistes dépossédés du pouvoir  et qui ne seraient pas moins de 3.000 à Mogadiscio même, en plus de leurs implantations dispersées à travers le pays, multiplient les embuscades et autres coups de force contre les soldats éthiopiens. 

 

VOLONTE DE MAINMISE SUR LES

RICHESSES D'UN PAYS  STRATEGIQUE

 

Il est clair que le retrait non compensé de ces derniers replongerait la Somalie dans le chaos et l'anarchie, avec comme résultat des courses, une inévitable chute du pouvoir fraîchement mis en place. Si les Américains veulent, à tout prix, qu'une force africaine de maintien de la paix se substitue très rapidement à l'armée d'occupation éthiopienne, c'est d'abord et avant tout pour qu'elle protège et soutienne le gouvernement de transition du président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed. Ce dernier a d'ailleurs hâte de la voir se  mettre en place, sur les bases de la résolution 1725 du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée le 6 décembre 2006. Son Premier ministre, Ali Mohamed Gedi, a même annoncé, à la mi-janvier que les forces de paix de l'Union africaine forte de 8.000 hommes et qui proviendraient des armées de l'Afrique du Sud, du Nigeria, du Malawi et de l'Ouganda, seraient en Somalie, vers la fin de ce mois. Mais c'est trop vite aller en besogne. Le déploiement des soldats africains risque beaucoup plus de temps qu'espéré par ceux qui, actuellement au pouvoir, sont sur des charbons ardents.

Il est même à se demander si elle doit prendre concrètement forme, dans le dessein non pas d'asseoir un état démocratique mais d'être aux services des intérêts des Américains, de s'empêtrer dans le bourbier somalien à leur place. Face à la guérilla islamiste qui ne se le laissera pas compter, et au retour en force des chefs de guerre qui ont fait régner leur loi sanglante sur la Somalie tout au long de ces 15 dernières années, les forces de l'Union africaines courent le risque de tomber dans un guêpier sanglant, un piège mortel,  si elles se comportent en supplétifs des Américains. Le rapport du groupe de supervision de l'ONU avertit que la Somalie pourrait sombrer « dans une situation semblable à celle qui règne en Irak, avec beaucoup d'attentats suicides et d'attaques le long des routes, d'assassinats et autres formes d'activités terroristes insurrectionnelles ». Les dirigeants africains vont-ils accepter jouer le rôle de faire-valoir à l'impérialisme américain, sacrifier leurs soldats, pour quelques poignées de dollars de plus ?

Derrière l'alibi de la lutte contre le terrorisme international ou de volonté de restaurer la paix, la démocratie et la stabilité en Somalie, les Américains cachent en réalité leur véritable dessein qui n'est autre que la mainmise sur les richesses minières du pays et le contrôle d'une région à la position hautement stratégique, à tous points de vue. Ils veulent placer sous s'accaparer des importantes réserves pétrolières et gazières somaliennes et confier leur exploitation à leurs compagnies. Avec ses 3.300 km façade sur l'océan Indien, sur la voie maritime la plus fréquentée du monde, la Somalie est également une zone géostratégique idéale pour contrôler le passage entre le golfe d'Aden et le canal de Suez, surveiller les détroits malaisiens et indonésiens reliant l'océan Indien à l'océan Pacifique ainsi que la route maritime du Cap, intervenir en Afrique orientale.

L'ambition hégémonique des Etats-Unis est de régner en maître absolu sur cet espace à travers lequel s'opère l'essentiel de l'approvisionnement du monde occidental en pétrole, et de faire de la Somalie le pivot de leur lutte contre l'émergence des pôles  indien et chinois dont les velléités de partenariat avec l'Afrique dérangent. Et il n'y a pas que l'Inde et la Chine qui menacent les intérêts américains dans la Corne de l'Afrique et le reste du continent. Il y a également le Brésil, la Malaisie, la Corée du Sud et la Russie…



Article ajouté le 2007-01-29 , consulté 51 fois

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