Soudan : Qui éteindra l’enfer du Darfour ?
SOUDAN
Qui éteindra l'enfer du Darfour ?
PAR AMADOU FALL
Le Darfour reste un enfer, malgré la présence sur le terrain des forces de paix de l'Union Africaine et le cessez-le-feu paraphé à Abuja, en mai dernier. L'Organisation des Nations-Unies n'a de cesse de condamner, à travers une kyrielle de résolutions, les atrocités meurtrières commises par le régime du président Omar El Béchir et ses suppôts, dans cette partie occidentale du Soudan. Mais rien n'y fait. Khartoum perdure dans ses « crimes de guerre et crimes contre l'humanité », sur cette terre aux richesses pétrolières fort convoitées.
Vu de l'Afrique au sud du Sahara, l'enfer que vit, depuis quatre ans, les populations noires du Darfour, par le fait des tueries et des exactions dont elles sont victimes de la part du pouvoir central soudanais, fait remonter dans la mémoire collective, une bien sombre page d'histoire. C'est celle des razzias intempestives et sanglantes dont furent coupables les nomades guerriers d'identité arabe sur les agriculteurs, jusqu'à la colonisation européenne.
Aujourd'hui, sous le prétexte d'œuvrer pour le maintien de l'intégrité du territoire soudanais, en tuant dans l'œuf toute velléité de rébellion ou de résistance sur son flanc sud puis occidental, le président Omar El Béchir, fait odieusement bégayer l'histoire, en lâchant impunément son armée régulière et différents corps de milices, dont les cavaliers arabes « Janjawids », sur des Darfouriens aux abois et dans un effarant dénuement. Ces hordes barbares qui défient le temps, la raison et les Droits humains sont, à ce jour, comptables de près de 300.000 morts, de l'incendie et de la destruction de centaines de village, de la spoliation de quelque 3 millions de personnes chassées de leurs domiciles et terres, du viol de milliers de femmes et de jeunes filles, de la destruction de l'économie locale, de la privation de plus de 500.000 pauvres hères de toute aide humanitaire, en quatre ans de combat et d'exactions contre les tribus du Darfour.
POLITIQUE D'EVICTION
DES POPULATIONS NOIRES
Ces « crimes contre l'humanité » aux relents macabres de « génocide », ainsi que
Pour l'exécution de sa politique d'apartheid, de domination, de spoliation et d'exploitation d'une race par une autre, Omar El Bachir, préfère s'appuyer sur les milices « Janjawid » et autres, dans la mesure ou une grande partie de son armée régulière provient du…Darfour. Mais encore, en s'abritant derrières ces forces irrégulières, le président soudanais croit pouvoir tromper l'opinion internationale sur son incapacité factice de les contrôler. En réalité, ces milices qui rééditent de vieilles traditions agressives, sont une puissante force armée jouant d'autant plus à la lettre le jeu du pouvoir central soudanais, qu'il leur est laissé toute la latitude de se rétribuer avantageusement en butin et en terre, pour leur participation au conflit.
LE DARFOUR EN FEU
MALGRE L'ACCORD D'ABUJA
En réponse au grand émoi et à l'immense colère que le drame subi par les populations noires du Soudan a suscités dans l'opinion publique subsaharienne, l'Union Africaine s'est activée pour l'instauration du premier cessez-le-feu intervenu en avril 2004. Les violences contre les populations civiles n'ayant pas de sitôt cessé, l'équipe de surveillance qu'elle y a envoyée, un mois après, sera par la suite élargie avec l'arrivée, sur le théâtre des opérations, de
Les Africains ne sont donc pas restés les bras croisés face au drame qui se joue sous leurs yeux, ou pas loin. Mais, malgré l'accord de paix d'Abuja, la région du Darfour est toujours en proie à la violence. Depuis 2006, la situation s'est considérablement détériorée avec le l'intensification des combats. Le Front National de Rédemption (FNR) a repris la lutte face aux milices « Janjawids » qui continuent d'attaquer les civils et les équipes humanitaires, et même les camps de personnes déplacées. Le Darfour est de nouveau à feu et à sang. Comme le déplore un diplomate africain basé à Dakar, faute de moyens, d'hommes et d'un mandat approprié les forces de maintien de la paix de l'UA déployées au Darfour sont dans l'impossibilité d'assurer la sécurité des populations civiles et des travailleurs humanitaires qui tentent d'assister des milliers de personnes vulnérables.
BESOIN D'UNE FORCE
DE PAIX PLUS EFFICACE
Ce dont on a le plus besoin dans l'immédiat au Darfour, c'est d'une force internationale plus puissante et mieux équipée. C'est dans cette optique que le Conseil de sécurité a adopté, le 31 août 2006, la résolution 1706 pour qu'une force des Nations unies vienne protéger les populations locales de manière plus efficace que les soldats de la paix de l'Union africaine actuellement sur le terrain. Cette force onusienne devait se déployer en trois phases. Dans un premier temps 185 militaires et policiers étaient attendus pour apporter une assistance technique principalement. Durant la deuxième phase, un millier d'autres devaient venir mettre en place le quartier général et le reste de l'infrastructure pour les 15.000 à 20.000 soldats à mettre en place dans le cadre de la troisième phase.
Tous les groupes rebelles du Darfour – y compris l'ancienne faction du M/ALS de Minni Minawi, actuellement au gouvernement – avaient alors exprimé leur soutien à l'envoi de soldats de la paix des Nations unies au Darfour. Le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), partenaire du gouvernement soudanais qui représente le sud du Soudan, s'était également prononcé en faveur de la présence d'une force des Nations unies, comme la plupart des partis politiques soudanais. L'UA est, elle aussi, favorable au transfert aux Nations unies de sa mission de maintien de la paix au Darfour, l'ONU étant mieux équipée pour protéger les civils. L'UA n'a d'ailleurs jamais envisagé que ses troupes au Darfour deviennent une force permanente de maintien de la paix dans la région. Normalement, dès après l'accord de paix d'Abuja, les forces de l'UA devaient être transférées et intégrées à celles de l'ONU. Le principe avait d'autant plus rencontré l'agrément de l'UA que sa mise en œuvre lui aurait donné le réconfort politique de ne pas quitter le Darfour sur un sentiment d'échec.
OMAR EL BECHIR CONTRE
Aujourd'hui, il est assurément regrettable, pour les populations darfouriennes, profondément meurtries dans leur chair par ce conflit qui n'a que trop duré, qu'Omar El Béchir se refuse à toute solution de rechange à l'inefficacité relative de
Le régime militaire de Khartoum reste non seulement opposé au déploiement d'une force de l'ONU, mais également au principe du transfert du mandat de
Omar El Béchir fait là, en quelque sorte, du chantage à toute l'Afrique. Mais les démocrates et les défenseurs africains des droits de l'homme font face. Il faut assurément percevoir leur influence dans la résolution finalement prise par le 8ème sommet de l'UA, à Addis Abeba de ne pas confier sa présidence à Omar El Béchir pressenti à cet honneur depuis le précédent sommet de Khartoum. L'UA serait tombée bien bas et se serait couverte de l'opprobre de tous ceux qui, en Afrique et à travers le monde, sont épris de justice, d'autant qu'El Béchir n'a pu satisfaire à la condition sine qua non d'améliorer la situation humanitaire dans la province occidentale soudanaise du Darfour.
C'est fort louable que la pression internationale augmente pour contraindre Khartoum d'accepter le déploiement de casques bleus. Lors du 8ème sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine à Addis Abeba, Alpha Oumar Konaré, le président de la commission de l'UA, et Ban Ki-moon, le tout nouveau secrétaire général de l'ONU ont, tous deux, condamné clairement le refus de Khartoum de mettre fin à la guerre au Darfour.
VIOL DE SOUVERAINETE,
TENTATIVE DE RECOLONISATION ?
Mais Omar El Béchir demeure inflexible. Il voit dans le projet d'envois de troupes étrangères autres qu'africaines, un dessein occidental de violer de la souveraineté du Soudan, une tentative de recolonisation, un « complot sioniste » visant à « démembrer » le son pays et à « piller » son pétrole.
Sur ce registre, le chef de l'Etat soudanais n'a absolument pas tort. Loin s'en faut. Les guerres du Soudan sont attisées par les richesses du pays en hydrocarbures - 500.000 barils/jour - dont les compagnies pétrolières américaines sont exclues de l'exploitation, depuis quelques années. Et La découverte récente de ressources minières et pétrolières au Darfour a davantage aiguisé l'appétit vorace des Américains qui, à défaut d'une occupation militaire directe, comme dans le cas de l'Irak, veulent prendre le contrôle des troupes onusiennes pour mettre le Darfour et tout le Soudan sous leur coupe. Les velléités américaines dans la zone s'expliquent également par le fait qu'au-delà du Soudan, ils sont fort préoccupés par la sécurité de l'oléoduc entre le lac Tchad et Kribi au Cameroun, et donc de tout risque de déstabilisation régionale touchant le Tchad et
Un leader d'opinion sénégalais appartenant à une organisation de
Omar El Béchir sait à quoi s'en tenir. Dans son entendement, L'intention du de l'administration Bush n'est pas de venir au secours des populations du Darfour - sinon il aurait accordé aux forces africaines présentes sur les lieux des renforts logistiques et une assistance financière. Elle serait plutôt de morceler le pays en trois régions autonomes : le Nord, le Centre et le Sud, y avancer ses pions et mettre la main sur les fabuleux gisements pétroliers prouvés du pays.
Il n'est pas exclure que, la force onusienne tardant à se mettre en place au Darfour, les Américains et leurs alliés britanniques franchissent le Rubicon, pour y intervenir militairement. Il se dit que, depuis plusieurs semaines, ils étudient les possibilités de frappes aériennes contre des objectifs militaires soudanais ciblés. Les deux pays ont d'ailleurs haussé le ton début en décembre 2006 en menaçant d'interdire de survol les avions soudanais, soupçonnés d'épauler les milices sur le territoire du Darfour. Le Canada envisagerait aussi d'intervenir au Soudan, a-t-on encore appris.
Le gouvernement de Khartoum est déterminé à soutenir le combat, fût-il très inégal. L'on prête à Omar El Béchir cette bravade : «s'ils viennent, le Darfour sera pire que l'Irak. Nous nous battrons comme le Hezbollah au Liban».
RECOURS A
L'INFLEUENCE CHINOISE
En attendant, les États-Unis et Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations-Unies, continuent d'insister auprès du président Hu Jintao de Chine pour qu'il fasse pression sur son homologue soudanais, afin de le convaincre d'accepter l'envoi de force de paix mixte UA-ONU au Darfour. Hu Jintao peut avoir une réelle influence sur Omar El Béchir du fait de l'importance des investissements économiques de
A cet égard,
La communauté internationale, à tout le moins ceux qui sont censés la représenter le plus, veulent maintenant que Beijing use de son influence considérable sur Khartoum pour le convaincre de faire cesser les violences au Darfour, et d'accepter la venue dans cette région de la force hybride UA-ONU.

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