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LE KOSOVO, CENT JOURS APRES

LE KOSOVO, CENT JOURS APRES 

Les menaces d'une zone de non-droit

 PAR AMADOU FALL

Le 17 février dernier, le Kosovo s'est unilatéralement séparé de la Serbie, soutenu en cela par les Etats-Unis et la quasi-totalité de l'Union européenne. Eu égard à la survivance de ses contradictions internes et à son indépendance hors des normes internationales, il reste une zone de non-droit sous la coupe de la mafia albanaise et une menace, par l'exemple, pour l'intégrité de nombreux autres Etats confrontés à l'irrédentisme.

Le Kosovo indépendant part de quasiment rien. Les bombardements de l'OTAN contre les armées de Milosevic Slobodan ont détruit ses infrastructures et industries essentielles. L'administration onusienne qui a régi la province jusqu'à sa récente séparation de la Serbie, n'a pas fait grand-chose, au cours de ces sept dernières années, pour aider à son redressement économique. Elle y a plutôt favorisé un système libéral principalement au bénéfice des intérêts occidentaux. Ils ont vite fait de mettre la main sur les ressources naturelles du pays qui est assez riche en charbon, mercure, zinc, cuivre et sur les quelques industries agroalimentaires qui subsistent encore.

L'aide alimentaire, en venant concurrencer la production locale, comme dans les pays pauvres du Sud, a, là également, largement contribué à l'étiolement de l'agriculture locale. Se pratiquant à petite échelle et dans une zone montagneuse, elle n'a pas la capacité de concurrencer les produits étrangers. Avec le libre-échange instauré, en prélude à son entrée promise dans l'Union européenne, le nouvel Etat continue d'importer dix fois plus qu'il n'exporte et se retrouve avec une balance commerciale dont le déficit va davantage se creuser.

OBSTACLES AU

DECOLLAGE DE L'ECONOMIE

 

Fortement dépendant des subventions européennes et des revenus induits par la fiscalité de porte et sur la vente des marchandises, l'Etat kosovar est officiellement le plus pauvre du vieux continent. Le niveau de vie de la majorité de ses deux millions d'habitants est très bas. Le revenu annuel par habitant est d'environ 1000 dollars US. La moitié de la population qui tente tant bien que mal de survivre est au chômage, parce que l'administration publique qui fournit le plus d'emplois est saturée, tandis que le secteur privé dominé par le petit commerce offre très peu de perspective. L'Union européenne demande au Kosovo de maintenir une économie ouverte aux investissements occidentaux, en contrepartie du maintien de son soutien financier, mais s'oppose en retour, à la venue de Kosovars sur son marché du travail.

Les obstacles au décollage de l'économie réelle kosovare concourent à entretenir une situation sociale explosive dans le pays et surtout à renforcer sa position de plaque tournante de tous les commerces illicites qui se développent via les Balkans en direction des pays de l'Europe occidentale et au-delà. Malgré sept ans de « reconstruction » sous l'égide de l'ONU, de l'UE et des Etats-Unis, les seuls secteurs économiques profitables et en croissance sont les trafics en tout genre. Une bonne partie de l'opium produit en Afghanistan parvient sur le marché ouest-européen sous forme d'héroïne en passant par l'Albanie et le Kosovo, après saturation du marché régional que constitue le Monténégro, la Macédoine et la Serbie. La mafia albanaise du Kosovo excelle dans les trafics de drogue, d'armes et d'organes humains, la contrebande, la traite des Européennes de l'Est employées dans l'industrie occidentale du sexe et le blanchiment d'argent sale.

ACTIVITES

DELICTUEUSES ET CRIMINELLES

 

Ces activités délictueuses prospèrent d'autant plus que les caïds locaux à qui l'OTAN avait fait appel pour constituer le « Front de libération du Kosovo » (UÇK) contre la Serbie sont pratiquement les mêmes qui sont aux postes-clés des rouages politiques et administratifs du nouvel Etat. Alexis Troude, chercheur à l'Académie internationale de géopolitique de Paris, estime que le Kosovo est resté une « zone de non-droit aux mains de la mafia albanaise ».

Trois personnages sont en exergue dans un dossier commis par l'Institut berlinois pour la politique européenne (IEP) à la demande de l'armée allemande ainsi que dans des rapports de l'ONU et du KFOR exploités dans l'hebdomadaire suisse alémanique « DieWeltwoche », en avril 2005. Il s'agit de Ramush Haradinaj, l'ex-chef de l'aile politique de l'UÇK et Premier ministre de janvier à mars 2005, accusé de crimes de guerre puis blanchi par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, le 3 avril dernier, de Hashim Thaçi, Premier ministre du Kosovo depuis le 9 janvier 2008 et de Xhavit Haliti, membre de la présidence du Parlement et vice-président du Parti démocratique du Kosovo.

Ils ont fait leurs premières armes en Suisse où ils mobilisaient des fonds pour l'UÇK. Une part considérable des rentrées financières de l'UÇK provenait du trafic de drogue et des escroqueries orchestrés par la mafia kosovare de Suisse et d'Allemagne. Ils ont bénéficié du soutien actif de la communauté internationale et tout particulièrement de celle des Etats-Unis dans leurs activités personnelles et contre la Serbie. Ils font partie des personnes les plus en vue de la nomenklatura locale qui contrôlent les centres de décisions politiques et l'activité criminelle dans le pays. Bien des membres de l'UÇK démobilisée mais non démantelée, participent aux trafics et aux affaires publiques.

UN ENCOURAGEMENT

A TOUTES LES DISSIDENCES

 

L'économie illégale rapporterait très largement plus que la formelle et licite. Selon des experts, le seul trafic de drogue sur l'Europe occidentale induirait des milliards de dollars l'an. L'argent sale va d'autant plus continuer à affluer qu'il compense dans une bonne mesure les failles de l'économie réelle, se substitue au soutien financier promis par l'Europe et les Etats-Unis mais qui n'a pas encore de consistance et sert, maintenant que l'indépendance est acquise, l'objectif politique final : la fusion du Kosovo ethniquement épurée avec l'Albanie pour la constitution de la « Grande Albanie ».

Faisant le parallèle avec les irrédentismes qui secouent certaines régions d'Afrique, un diplomate en poste à Dakar estime que l'indépendance du Kosovo, en violation de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité, ainsi que les activités criminelles qui continuent d'y prospérer impunément, doivent inquiéter les dirigeants du continent noir. Il considère que l'aval des pays occidentaux est un encouragement à toutes les autres dissidences à s'inscrire dans le nébuleux sillon kosovar. Le risque d'ouvrir la boîte de Pandore du séparatisme est bien réel, en effet. Et l'expansion des trafics, notamment de drogue, au Kosovo fait penser à la transformation de certaines terres de Casamance en champs de cannabis - de pavot demain ? -, aux actes de grands banditisme qui s'y développent et qui ne sont pas du seul fait des maquisards.



Article ajouté le 2008-06-03 , consulté 31 fois

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