Echos des tropiques

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PARTENARIAT AVEC LA CHINE

PARTENARIAT SUD-SUD

En Afrique, tout n'est pas rose avec la Chine

 

PAR AMADOU FALL

 

Une des thèses les plus défendues dans les pays en développement est que, pour l'instauration d'un « ordre économique » meilleur, ils devaient résolument s'inscrire dans une dynamique de coopération et de partenariat sud-sud. Mais ce dessein de contrebalancer l'hégémonie des pays industrialisés est, jusque-là, resté un vœu pieux, pour les pays de l'Afrique subsaharienne en particulier. Tout au long de ces trois dernières décennies, ils ont plutôt été maintenus en situation de dépendance encore plus forte envers le Nord, dans la conditionnalité des politiques d'ajustement structurel appliquées sous le diktat des institutions de Bretton Woods.

 

L'émergence des pays du Sud à très forte potentialité de croissance est en train de bouleverser cette donne. La Chine qui s'est réveillée  est de ceux qui perturbent le plus un ordre qui paraissait immuable. Les énormes quantités de matières premières et d'énergie, mais également les non moins importants débouchés commerciaux dont elle a besoin pour soutenir sa fulgurante croissance l'ont, tout naturellement, poussée vers l'Afrique. Montant en puissance sur cet échiquier continental, l'Empire du milieu est en passe de déstabiliser ou de rééquilibrer le jeu qui s'y jouait jusque-là au bénéfice des anciens colonisateurs devenus « partenaires au développement » après les indépendances.

 

C'est sur le marché des produits de base que la percée de la Chine est la plus remarquable. Les achats qu'elle y opère portent essentiellement sur les minerais, les hydrocarbures, le coton et le  bois dont ses industries. Naguère autosuffisante en énergie, la Chine devenue le deuxième consommateur de produits pétrolier du monde, a aujourd'hui largement investi le continent africain pour y réaliser 30% de ses importations en la matière. L'Angola, le Nigeria et le Soudan, la Guinée équatoriale, le Congo Brazzaville y sont ses plus grands fournisseurs. Pour ce qui est des autres matières premières elle s'approvisionne abondamment en cuivre en République démocratique du Congo (RDC) et en Zambie ; en platine au Zimbabwe, au Congo Brazzaville et au Gabon ; en cobalt en RDC, en fer au Gabon et en la bauxite en Guinée.

 

Alors que, jusque dans les années quatre-vingt, les approvisionnements chinois en Afrique  étaient insignifiants, Beijing s'est, depuis le début du siècle, progressivement hissé au rang de 3ème partenaire commercial du continent après les États-Unis, la France. Elle devance la Grande-Bretagne et l'Italie. Traduisant les mutations en cours, les échanges commerciaux de la Chine avec l'Afrique ont avoisiné les 70 milliards de dollars US en 2007, contre 55,5 milliards en 2006, et devraient dépasser les 100 milliards en 2010, selon les dernières projections des autorités de Beijing.    

 

La dynamique est remarquable. Mais elle n'a, de toute évidence,  pas l'heur de plaire aux autorités et multinationales occidentales qui, à l'unisson, reprochent en ce moment les Chinois de piller les ressources africaines. Les anciens colonisateurs et leurs prolongements industriels et commerciaux sur le continent sont en somme en train d'accuser les Chinois des mêmes pratiques coloniales ou  néocoloniales dont ils ont pu être coupables. En fait, si venir acheter à l'Afrique ses produits de base c'est la piller, la pierre devrait être avant tout jetée sur ceux qui en prennent le plus. Or, selon une enquête menée en 2006, le pétrole importé par la Chine de l'Afrique représentait 8,7% dans l'exportation pétrolière africaine, alors que les importations des Etats-Unis et de l'Union euro­péenne en représentaient respec­tivement 33% et 36%. Ces ratios sont, à cet égard, on ne peut plus éloquents…

 

En échos aux autorités de Beijing, Lu Shaye, l'ambassadeur de Chine au Sénégal, faisait remarquer, il n'y a pas longtemps à Dakar, lors d'un forum sur la question, son pays achète pétrole et minerais « par voie de négociations commerciales normales, d'achats à des prix raison­nables et de coopération mutuel­lement bénéfique », contrairement aux Occidentaux qui, selon lui, ont agi jusqu'ici, «par la force et la duperie». Une approche différente aurait permis à la Société d'État en charge de l'exploitation pétrolifère en Chine (SINOPEC) de ravir, dans nombre de cas, aux consortiums occidentaux des parts de marchés qui, auparavant, leur revenaient sans opposition. Shell s'est ainsi inclinée face à elle au Nigeria, dans plusieurs projets. Pour le diplo­mate chinois ce qui a changé, c'est que « les Africains ont maintenant  de nouveaux partenaires», des partenaires du même horizon avec qui ils peuvent traiter d'égal à égal, et qui offrent les meilleurs prix possibles.

 

La brèche ouverte dans les chasses gardées  post-coloniales et que sont en train d'élargir la Chine et d'autres pays émergents du Sud confère à nombre de pays africains une posture plus confortable sur le marché des produits de base où les ententes occidentales sont désormais dans d'impossibilité d'infléchir les cours, systématiquement, en leur faveur. Grâce à la diversification de la clientèle internationale, les producteurs africains sont dans les conditions d'obtenir de meilleurs prix pour leurs matières premières. C'est ainsi que le Niger a tiré parti de son partenariat avec la Chine pour renégocier à la hausse les prix auxquels AREVA lui payait son uranium. Ils augmentent de +45% en août 2007 et + 50% en janvier 2008.

 

 L'Afrique exporte ses produits de base sur la Chine, mieux que vers le Nord quand, de ce côté là on ne s'aligne pas sur la concurrence nouvelle. En retour, les produits « made in China » prennent une place de plus en plus importante dans la consommation africaine parce qu'ils ont l'avantage d'être à la portée de toutes les bourses, en particulier de celles les moins garnies qui constituent le grand nombre. Mais ils menacent de disparition les entreprises locales dans l'impossibilité de soutenir leur inégale concurrence, comme dans le cas l'industrie textile sénégalaise. Et les Chinois qui sont de plus en plus nombreux à venir eux-mêmes en Afrique écouler, jusqu'au stade du détail, les produits importés de leurs pays, sont en train d'exclure du marché les commerçants africains établis de longue date.

 

 La Chine a mis en place un Fonds de développement sino-africain doté de 5 milliards de dollars pour, en principe, pousser les entreprises chinoises à investir et dans les pays africains, et y partager leurs techniques, pratiques et expériences de gestion, dans les domaines l'exploration et de l'exploitation de ressources, du BTP, de la pétrochimie, du transport, des télécommunications, et autres industries. Mais, dans l'état actuel des choses, qu'ils soient actifs dans les grands travaux, la petite industrie ou le commerce, les entrepreneurs chinois évoluant en Afrique ne valorisent pas la matière première locale qui est tout simplement pompée. Pour leurs activités, ils importent  presque tout de Chine : les outils de production sans véritable transfert de technologies, les produits finis et l'essentiel de main-d'œuvre qualifiée, voire même non qualifiée mais bon marché et ethniquement convenables"

 

Tout n'est donc pas rose avec la Chine. Elle contribue certes à l'appréciation des cours de ses produits de base de l'Afrique et au regain d'intérêt que lui accorde le monde. Mais avec les failles de ce nouveau partenariat, elle risque d'enfoncer le continent dans un cycle de dépendance encore plus étouffant qu'avec le Nord. Il faut y prendre garde…  



Article ajouté le 2008-06-23 , consulté 20 fois

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