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ISRAEL - PALESTINE - COLONISATION

ISRAEL - PALESTINE 

 Le dernier conflit colonial du siècle

PAR AMADOU FALL

Sous ses apparences de nation indépendante, la Palestine est de fait une colonie israélienne éclatée, à l'image des bantoustans sud-africains sous le régime de l'apartheid. Le conflit palestino-israélien est colonial, le dernier à subsister au 21ème siècle. Ce n'est pas une utopie que de croire qu'il aura une fin, comme ceux qui l'ont précédé, pour une cohabitation dans la paix.

Le peuple palestinien est, en principe, une nation aux droits « inaliénables » reconnus par l'Humanité toute entière. Ou presque. Mais, en réalité, la Palestine est, depuis soixante ans sous domination coloniale, victime de la politique hégémoniste israélienne bâtie sur la thèse sioniste faisant de la Judée et Samarie une « terre sans peuple » reprise, pour la civiliser à nouveau, par « le peuple sans terre » dont ce serait la patrie historique.

Israël est ainsi, au fil de ces six dernières décennies, passé outre la partition de la Palestine en un État juif, un État arabe et une zone internationale à Jérusalem, faite par les Nations Unies, le 29 novembre 1947. A à la faveur des troublantes défaites arabes de 1948 et de juin 1967 et des autres événements sanglants qui suivront, il a imposé sa domination sur les territoires et en a expulsé un grand nombre de Palestiniens. Il a soumis ceux qui sont restés à un régime quasiment colonial, pareil à celui sud-africain du temps de l'apartheid.

PARALLELE ENTRE

SIONISME ET APARTHEID

Le parallèle entre ces deux systèmes est établi par de nombreuses personnalités de renommée mondiale, parmi lesquelles le ministre juif du gouvernement sud-africain Ronnie Kasrils, l'Archevêque Desmond Tutu, l'historien israélien Ilan Pappe. L'ancien chef d'Etat américain, Jimmy Carter et l'ex-rapporteur spécial de l'Onu aux Droits de l'Homme, le Professeur John Duggard, ont eux aussi ouvertement accusé Israël de mener une politique d'apartheid contre les Palestiniens.

La Cisjordanie dont les meilleures terres et les zones les plus stratégiques sont occupées par les colons juifs, Gaza relativement libéré, mais délibérément étouffé par un blocus qui perdure avec des relents de génocide, ainsi que la partie arabe de Jérusalem la ville éternelle sont, de fait, des bantoustans. Non seulement Israël contrôle toutes les frontières de cette entité éclatée, mais encore, il limite très fortement la liberté de décision et de manœuvre de l'Etat palestinien et de sa population, à l'intérieur comme à l'extérieur, dans l'irrespect des droits humains.

 C'est ce que souligne le Rapport d'Amnesty international sur Israël et les Territoires palestiniens occupés, diffusé en mai 2008 : « La situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés par Israël reste dramatique [....] En Cisjordanie, Israël a poursuivi l'expansion des colonies illégales et la construction du mur/barrière de 700 kilomètres, en violation du droit international. L'impunité reste la norme pour les soldats et colons israéliens responsables d'atteintes graves aux droits fondamentaux des Palestiniens, notamment d'homicides illégaux, d'agressions contre des personnes et d'attaques contre des biens ».

La méprise du monde est de considérer la Palestine comme un Etat indépendant en contentieux d'égal à égal avec un autre. En réalité, le conflit palestino-israélien est colonial, le dernier à subsister en ce 21ème siècle commençant. Israël étrangle Gaza dans le même temps qu'il consolide sa politique d'occupation coloniale sur la Cisjordanie et Jérusalem-Est, en poussant insidieusement les populations locales dans des zones semblables à des réserves, à tout point de vue.

Michel Warschawski, le président du mouvement israélien Centre d'information alternative, est un anti-sioniste qui souhaite le remplacement d'Israël par un État dit bi-national. Dans une analyse de la question intitulée « 60 ans de dépossession coloniale » rendue publique début juin, il considère que : « Israël provoque, de manière organisée, la lente désintégration de la société palestinienne sous occupation, par l'intermédiaire [de la construction] du Mur, de sa politique de fragmentation et de ghettoïsation, de son déni des droits les plus élémentaires des Palestiniens et de son obstruction au développement humain. Israël transforme lentement, de manière régulière et systématique, la vie des Palestiniens ordinaires, fermiers, ouvriers, étudiants, universitaires, artistes et autres professions, en un véritable enfer, destiné à les contraindre à partir. L'objectif fondamental du courant dominant du Sionisme politique, procéder au nettoyage ethnique de la Palestine en la vidant de sa population indigène pour qu'elle laisse la place aux seuls colons juifs, n'a connu qu'un seul changement significatif depuis le début de la conquête coloniale sioniste, il y a un peu plus d'un siècle : les choses vont tout simplement moins vite ».

CAUTION OCCIDENTALE

DE L'OCCUPATION DE LA PALESTINE

Que faire pour enrayer définitivement cette machine infernale ? Ils sont nombreux à répondre que la voie du boycott qui avait fait ses preuves contre l'apartheid sud-africain devrait être empruntée pour contraindre Israël à libérer les territoires et accepter réellement la souveraineté absolue de la Palestine et de tout son peuple. Mais, cette solution a très peu de chance de prospérer. A la différence des Sud-Africains qui avaient peu de relais économiques et d'opinions favorables à l'extérieur, Israël est soutenu par les plus puissants lobbies du monde qui interfèrent en sa faveur dans les décisions politiques et économiques qui se prennent, principalement aux Etats-Unis et en Europe.

Si, jusque-là, rien de concret n'a été véritablement fait pour arrêter sa politique coloniale, c'est parce qu'Israël a bénéficié de la complicité des puissances occidentales. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont effectivement soutenu et cautionné l'occupation de la Palestine par Israël en lui assurant des aides économiques massives et lui ouvrant leurs marchés sans conditions. Ils lui ont ouvert l'accès à l'arme atomique et lui fournissent les armes conventionnelles qu'il utilise contre les Palestiniens. Ils lui garantissent l'immunité diplomatique et un soutien politique sans limite.

Il ne fait pas de doute qu'une attitude contraire, de la part des Occidentaux, ferait grandement évoluer la donne sur l'échiquier proche oriental. Si tous les plans, à ce jour, ourdis pour ramener la paix dans la zone ont échoué, c'est fondamentalement parce qu'ils ont fait la part belle à Israël, fort du soutien occidental, en entérinant le fait accompli, la colonisation de la Palestine et le confinement de sa population dans une situation d'exclusion, de discrimination et d'inégalité.

Moshe Machover, un militant socialiste israélien antisioniste, à l'occasion d'une conférence sur « Israéliens et Palestiniens : conflit et solution » donnée à Londres, en fin novembre 2006, ne disait pas autre chose : « En vérité, aucune véritable solution n'est possible, à court ou moyen terme, à cause de l'énorme disparité dans l'équilibre des forces. Les Palestiniens, écrasés économiquement, mal armés, peu soutenus moralement sur le plan international, font face à un Etat d'Israël moderne, capitaliste et dominant, à une superpuissance nucléaire au pouvoir régional hégémonique, ogre local et partenaire junior des hyper puissances mondiales. Tant que durera un déséquilibre des forces aussi énorme, tout accord imposera forcément des conditions d'oppression très dures au côté le plus faible. Attendre autre chose serait complètement irréaliste. »

Des voix s'élèvent du camp occidental qui veulent ramener Israël à la raison, pour qu'il mette un terme à son expansion coloniale sur la Palestine, et pour une solution durable au conflit. C'est ainsi que le nouveau Secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, s'est déclaré « profondément préoccupé » par les nouveaux projets de colonisation annoncés dernièrement par Israël, parce qu'ils vont « à l'encontre du droit international ». La Maison-Blanche a également mis en garde Israël, indiquant que la construction de nouvelles colonies « exacerbe les tensions » avec les Palestiniens. La Secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, pour qui les frontières entre Israël et la Palestine devront être nécessairement « négociées par les parties et selon les résolutions de l'Onu », précisera, lors d'une conférence de presse à Ramallah, que « La poursuite de la colonisation nui aux négociations pour la paix. Les Etats-Unis considèreront que ces activités (de colonisation) n'auront pas de conséquences sur les frontières finales ». En somme, les terres usurpées devront nécessairement être rendues. Il s'agit d'une des critiques les plus nettes exprimées par l'administration américaine face à la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Dans le discours qu'il a prononcé devant la Knesset, lors de son séjour récent dans l'Etat hébreu, le président Nicolas Sarkozy a appelé à l'arrêt de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens pour que la paix puisse s'instaurer. Le chef de l'Etat français enfoncera plus tard le clou dans un entretien au journal palestinien « Al-Quds » en déclarant que « le gel de la colonisation, principal obstacle à la paix, y compris à Jérusalem-Est qui a vocation à devenir capitale des deux Etat, est primordial. Nous condamnons toute décision unilatérale qui préjuge le règlement final et porte atteinte à la viabilité du futur Etat palestinien et au processus politique en cours ».

La poursuite de la colonisation est la principale pierre d'achoppement entravant les négociations relancées à Annapolis. Si les Occidentaux cessaient effectivement de cautionner ce processus par leur soutien de tous ordres à Israël, il ne fait pas de doute que des avancées conséquentes pourraient s'accomplir sur le chemin de sa cohabitation pacifique avec la Palestine.

Mais, il faudrait également et surtout que les autorités palestiniennes puissent parler et agir d'une même voix. Ce qui n'est plus le cas depuis que le Hamas, après sa victoire aux législatives de janvier 2006, et seize mois de cohabitation houleuse au pouvoir avec le Fatah, s'est emparé de la bande de Gaza, par la force, en mettant en déroute les services de sécurité du Fatah du président de l'Autorité palestinienne, M. Mahmoud Abbas. Les choses commencent tout de même à se décanter. Après plus d'un an de brouille, le Fatah et le Hamas ont repris langue, à l'initiative de Mahmoud Abbas qui a pris sur lui d'ouvrir la voie à la réconciliation. Sa main tendue a positivement été accueillie par le Hamas qui reconnaît que « l'unité nationale est essentielle face à Israël », comme l'a affirmé son chef, Ismaïl Haniyeh, dans un discours radiotélévisé depuis Gaza.

Le président Abdoulaye Wade, qui a fait du règlement de la question palestinienne une des priorités de son mandat à la tête de l'Organisation de la conférence islamique, est très actif dans ce rapprochement. La médiation du chef de l'Etat sénégalais a fait se retrouver à Dakar deux émissaires du Fatah et du Hamas, en l'occurrence le Dr Hikmat Zeid et M. Emad Khalid Alamy. Cette rencontre leur a permis d'« engager un processus de dialogue fraternel visant à aplanir les divergences et à réconcilier la famille palestinienne », selon le communiqué rendu public après. Ils ont, à cet égard, « remercié le facilitateur pour avoir réussi à rétablir entre eux une atmosphère de confiance et de respect mutuel qui leur a permis de se retrouver autour des intérêts fondamentaux du peuple palestinien ».

Dans le même temps que les contours d'une paix se dessinent, la résistance palestinienne - le Hamas en particulier - et l'armée israélienne devraient cesser leurs attaques et contre-attaques. En renonçant à la violence qui exacerbe la riposte israélienne, les Palestiniens feraient mieux valoir leur cause auprès de l'opinion mondiale et bénéficieraient d'une solidarité internationale plus large et active que maintenant. Mais il n'y aura pas de paix véritable entre les deux entités si Israël n'accepte pas de se transformer d'un Etat colonial ethnocratique et théocratique en un Etat démocratique et acceptant l'intégrité territoriale et l'indépendance politique et économique de ces derniers. Israël doit mettre un terme à son expansion coloniale, se retirer des territoires occupés et accepter de cohabiter avec un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable, tout comme peut et doit l'être l'Etat hébreu de demain. C'est une évolution possible, dans le sillon que sont en train de creuser les antisionistes, démocrates et pacifistes israéliens...



Article ajouté le 2008-07-17 , consulté 33 fois

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